La qualification de la République démocratique du Congo à la Coupe du Monde 2026 restera l’un des plus grands moments de l’histoire de notre football. Cinquante-deux ans après sa première participation au Mondial, les Léopards ont retrouvé la plus prestigieuse des compétitions et, surtout, ils ont prouvé qu’ils avaient désormais leur place parmi les meilleures nations de la planète.
Mais une question me revient sans cesse depuis cette campagne historique.
Sommes-nous devenus une nation qui fait rêver ?
La qualification est un accomplissement. Elle récompense le travail remarquable de Sébastien Desabre, de son staff, des joueurs, de la FECOFA et de tous ceux qui ont contribué à remettre le football congolais sur les rails. Personne ne pourra enlever cela à cette génération.
Mais une qualification, aussi historique soit-elle, ne doit jamais être considérée comme une finalité.
Elle doit être le point de départ.
En regardant les grandes nations du football mondial, je me suis rendu compte qu’elles ont toutes quelque chose que nous ne possédons pas encore : une identité forte, incarnée par des infrastructures, une organisation et une vision.
Prenons l’exemple de la France.
Lorsqu’un jeune Français rêve de porter le maillot des Bleus, il rêve aussi de Clairefontaine. Ce centre n’est pas seulement un complexe sportif. C’est un symbole national. C’est là où les plus grands internationaux français se retrouvent. C’est là où les jeunes se projettent. C’est une marque, un patrimoine, une culture.

Et nous ?
Aujourd’hui, quel est le lieu qui fait rêver un jeune Congolais lorsqu’il reçoit sa première convocation chez les Léopards ?
Le Stade des Martyrs ?
Un hôtel où la sélection se rassemble quelques jours avant un match ?
Nous devons avoir l’honnêteté de répondre : non.
Nous n’avons pas encore construit ce symbole.

Pourtant, nous avons tout pour le faire.
La RDC dispose d’un immense réservoir de talents. Chaque année, des dizaines de jeunes Congolais émergent dans les académies européennes ou sur les terrains de nos provinces. Notre diaspora est l’une des plus riches d’Afrique. Notre passion pour le football est immense. Les stades se remplissent. Les réseaux sociaux s’enflamment. Les Léopards rassemblent tout un peuple.
Mais cette passion ne suffit plus.
Le football moderne ne repose plus uniquement sur le talent.
Il repose sur les structures.
La première urgence est donc la création d’un véritable Centre National du Football, une maison des Léopards où toutes les sélections nationales, des U15 jusqu’à l’équipe A, pourraient travailler dans les meilleures conditions. Un centre qui deviendrait un lieu de référence, capable d’accueillir les stages, les formations des entraîneurs, les arbitres et même les séminaires techniques.
Nous devons créer un endroit dont chaque enfant congolais rêve avant même de porter le maillot national.
Mais un centre ne suffira pas.
Il faudra également avoir le courage d’investir massivement dans les infrastructures sportives.
Comment prétendre rivaliser durablement avec les meilleures nations lorsque notre principal stade continue de faire parler de lui pour la qualité irrégulière de sa pelouse ?
Le Stade des Martyrs demeure un monument du sport congolais. Son histoire est immense. Son ambiance est unique. Mais il ne peut plus être uniquement un symbole du passé ; il doit redevenir une référence pour l’avenir.

La qualité de la pelouse, l’entretien des installations, les vestiaires, les espaces médicaux, les tribunes, l’éclairage, les équipements destinés aux médias et aux supporters doivent répondre aux standards internationaux. Une sélection qui participe régulièrement à la Coupe du Monde doit évoluer dans des infrastructures dignes de ses ambitions.
Au-delà de Kinshasa, il est également temps de penser un véritable réseau d’infrastructures nationales. Lubumbashi, Goma, Kisangani, Mbuji-Mayi, Bukavu ou Matadi doivent progressivement disposer de stades et de centres de formation capables d’accompagner le développement des jeunes talents.
L’autre chantier concerne notre championnat.
La Linafoot ne peut plus simplement exister ; elle doit devenir un produit.
Un championnat moderne, mieux organisé, mieux diffusé, capable d’attirer des partenaires commerciaux, de vendre ses droits télévisés, de remplir les stades et de générer des revenus pour les clubs.
Les clubs doivent devenir de véritables entreprises sportives, capables de former, de vendre des joueurs et de réinvestir dans leurs académies.
Nous devons également changer notre manière de concevoir les partenariats internationaux.
Signer un protocole avec l’AC Milan, le FC Barcelone, l’AS Monaco ou d’autres grands clubs européens ne doit plus être une simple photographie officielle.

Ces partenariats doivent produire des résultats concrets : création d’académies partenaires en RDC, formation des entraîneurs, échanges d’expertise, détection des jeunes, programmes scolaires, accompagnement médical et scientifique.
Le football est aujourd’hui une industrie mondiale.
Les nations qui dominent ne sont pas forcément celles qui possèdent les meilleurs joueurs. Ce sont celles qui ont construit les meilleurs systèmes.
La Coupe du Monde 2026 nous offre une opportunité exceptionnelle.
Nous pouvons choisir de célébrer cette qualification pendant quelques mois avant de retomber dans nos habitudes.
Ou nous pouvons considérer ce Mondial comme le début d’un immense projet national.
Dans vingt ans, je ne souhaite pas que les Congolais se souviennent seulement de la qualification de 2026.
Je souhaite qu’ils puissent dire :
« C’est en 2026 que la RDC a décidé de bâtir les fondations du plus grand projet footballistique de son histoire. »
Parce qu’une Coupe du Monde ne doit jamais être une parenthèse.

Elle doit devenir le point de départ d’une ambition nationale.
Par Derossi Kitenge